« Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins bien ennuyeux que s’amuser »C. Baudelaire

On a vu comment s’articule le métier du consultant : il est envoyé en mission chez un client pour une durée déterminée. Lorsque sa période de prestation est terminée, et que s’il n’enchaîne pas directement sur une autre mission, le consultant se trouve donc en période d’inter-contrat (IC). Il s’agit d’une situation propre aux SSTIC.

Définition

Durant cette période, le consultant ne génère aucun chiffre d’affaire, puisqu’il n’est pas facturé sur un projet. Il continue toutefois à bénéficier de son salaire et peut donc être considéré comme une charge pour la SSTIC, qui le paye alors qu’il ne produit rien (même si, on le verra plus tard, il lui arrive souvent d’avoir des activités en interne).En Suisse, les consultants gagnent un bonus en fonction du nombre de jours facturés, ainsi le consultant gagne moins sa vie lorsqu’il est en IC, mais il reste toutefois salarié de la SSTIC. En France ou dans le Benelux, le consultant continue de bénéficier du même salaire et des mêmes avantages sociaux. En Suisse, le consultant ne bénéficie pas des bonus (autour de 25 CHF/heure facturé au client).

La durée de l’inter-contrat

De quelques jours à quelques mois, la durée de l’IC s’avère variable selon le climat économique et les réalités conjoncturelles du marché du travail. On notera que cette période dépasse rarement les douze mois : un temps d’inactivité prolongé pousse la SSTIC à mettre fin au contrat ou le consultant à aller voir ailleurs.

En période de crise 

Le climat économique étant morose, les clients cherchent à survivre en vue des jours meilleurs, et cherchent donc à réaliser des économies en coupant dans les dépenses dont ils peuvent se dispenser. Cela se traduit donc en licenciement des consultants, des intérimaires ou des indépendants (comme on l’a constaté lors des crises de 1996 et 2001). Les SSTIC voient donc leurs consultants revenir massivement au siège, et se doivent donc de les renvoyer rapidement sur une mission, puisque un consultant sans mission représente une charge importante. Mais les clients sont frileux et n’embauchent pas facilement, alors pour la plupart des consultants, l’IC se prolonge… Nous verrons plus loin quels sont les dangers d’une telle période d’inactivité prolongée.

En période normale

L’offre  et la demande suivent un cycle plus régulier, et la durée de l’IC n’est jamais très longue. Le nombre de consultants en IC reste relativement constant, et les missions s’enchaînent de manière plus ou moins fluide. C’est une période idéale, puisqu’elle permet de souffler un peu entre deux projets, de choisir la nouvelle mission posément, bref, de gérer au mieux la progression de sa carrière.

En période faste : l’age d’or

C’est le rêve des commerciaux ou managers. Les clients embauchent à tout va, l’argent coule à flot. Il n’y a pas assez de consultants pour répondre à la demande, alors l’IC est presque inexistant. Tout est négocié vers le haut, les salaires et augmentations peuvent être exorbitants sans que de longues négociations soient nécessaires, puisque la conjoncture permet bien des folies aux clients. Ceux-ci osent se lancer dans des projets audacieux, parfois risqués, ce qu’ils ne feraient jamais en période de crise. Le monde des Services a connu son age d’or entre 1998 et milieu 2001 jusqu’au 11 Septembre, où l’économie s’est effondré en même temps que les deux tours du World Trade Center de New York.

Différence avec les intérimaires

Pour un intérimaire, la fin d’une mission signifie également la fin d’un salaire. Lorsqu’il ne travaille pas, l’intérimaire n’est plus rémunéré, ne bénéficie plus d’avantages sociaux (cotisations de sécurité sociale, mutuelles, frais de transport), et se retrouve donc au chômage. Cette situation précaire est donc à l’opposé de celle des SSTIC, qui continuent à payer le consultant en IC – qui peut même bénéficier de formations ou de congés payés. Etre intérimaire est donc très précaire comme situation.  Dommage, je n’ai vu personne dans la rue pour dénoncer son côté misérable et inhumain.

Différence avec les freelances ou indépendants

Entre deux missions, l’indépendant se retrouve également en IC. C’est alors à lui de prospecter, d’utiliser son réseau, de faire jouer son carnet d’adresses, pour trouver un nouveau projet. Puisqu’il a l’habitude de gérer sa vie de façon autonome, l’indépendant aura vu venir cette période et pourra l’affronter de manière équilibrée.

Impact sur la SSTIC

Dès que la balance de Roberval n’est plus en équilibre, c’est-à-dire dès qu’il y a plus de consultants en IC qu’en mission, la SSTIC enregistre des pertes. Les critères de calculs du taux d’IC varient selon les SSTIC et le climat économique, mais on peut constater que les modalités de gestion sont globalement similaires partout.

La pression du management sur les commerciaux est extrêmement forte, et puisque le chiffre d’affaire doit absolument être atteint, certains vont jusqu’aux limites de l’honnêteté lorsque qu’il s’agit de jouer avec les chiffres : ceux-ci sont majorés vers le haut afin de bien montrer que la SSTIC se porte bien. La situation comptable est donc parfois faussée, le chiffre d’affaire gonflé artificiellement au moyen de fausses « factures à établir » ou autres astuces.

L’inter-contrat et le Business Manager

Impact

Pour le business manager, un fort taux d’IC représente avant tout un chiffre d’affaire en baisse : un consultant qui hier générait des profits devient une charge pour la SSTIC. Le business manager étant jugé sur le nombre de ses consultants actifs, on peut imaginer le genre de pression qu’il subit lorsqu’il y a trop d’IC. De là à dire que le manager ne pense qu’à vendre ses consultants, quel que soit le projet, sans se préoccuper du développement de leur carrière, il n’y a qu’un pas à franchir…

Gestion de l’IC par le manager

Dès qu’il prend connaissance de la date (définitive et non négociable) de fin d’un projet, le bon manager prend soin de préparer la sortie du consultant, c’est-à-dire de lui trouver une nouvelle mission. Il pourra intégrer les nouvelles compétences et l’autonomie acquises par le consultant dans son fichier, afin de le valoriser sur le marché, ce qui permettra à la fois de générer un meilleur chiffre d’affaire, puisque l’expérience augmente la valeur marchande du consultant, et de favoriser le développement professionnel de celui-ci.

Le manager a en tout cas intérêt à trouver rapidement une nouvelle mission pour son consultant, pour qu’une trop longue période d’inactivité n’entraîne pas une baisse de motivation, et, surtout, pour que l’entreprise reste rentable. Idéalement, la nouvelle mission correspond aux aspirations du consultant, mais si celui-ci est resté en IC trop longtemps, le manager aura tendance à lui forcer la main sur la première proposition venue. Il s’agit d’une situation délicate à gérer, parfois conflictuelle, puisqu’il faut garder un équilibre entre les intérêts de la SSTIC et les ambitions du consultant en termes de développement de carrière.

Quoi qu’il en soit, le manager se doit d’anticiper la fin d’une mission, qui hélas n’est pas souvent le cas. Il pourra tenter de transférer le consultant de son business unit à un autre de ses collègues, ou de le convaincre de jouer les prolongations chez le client, de rester un peu (si ce dernier le permet) en attendant les jours meilleurs et les missions passionnantes.

Autre solution en temps de crise

Si le climat économique est morose, certains managers n’hésitent pas à offrir gratuitement les services de leurs consultants à leurs clients. Ceci a pour but de préparer le futur, et d’amadouer le client, de lui montrer combien les employés de la SSTIC sont compétents et indispensables, dans l’espoir de les faire engager quand la conjoncture sera meilleure (ce qui n’est jamais garanti, puisque la concurrence est rude). Cela permet, en outre, d’occuper le consultant, et lui fournit l’occasion d’apprendre à connaître la SSTIC, pour éventuellement agir avec rapidité dès le moindre redressement du marché.

La SSTIC peut également envoyer gratuitement des consultants juniors au sein d’une équipe qui travaille sur un projet, afin de le former de manière efficace, encadrée par des consultants plus âgés sur un projet concret.

L’inter-contrats et le consultant

Impact

L’IC est une période transitoire, durant laquelle le consultant n’est ni en vacances ni en mission, tout en continuant à bénéficier d’un salaire. Comment occupe-t-il ses journées ? Généralement il retournera au siège de la SSTIC, où on lui confiera diverses activités administratives (comme la mise à jour de son CV et de son dossier commercial – c’est-à-dire le document contenant les expériences du consultant, que le manager présente à ses clients). Mais il ne s’agit jamais que d’une accumulation de petites tâches sans but à long terme, et même si le consultant peut apprécier cette période plutôt reposante, les journées deviennent finalement un peu longues, et la motivation commence à décliner… La déprime n’est jamais loin quand l’inactivité se prolonge, et nous verrons ci-dessous quelques activités qui peuvent s’effectuer pour pallier au manque de mission, et pour gérer cette période de manière optimale.

 Gestion – actions à entreprendre

Anticiper l’IC

Avec prévoyance, le consultant peut anticiper la fin de son contrat et donc signaler sa prochaine disponibilité aux commerciaux, ainsi que ses souhaits concernant les missions futures, afin d’inciter ceux-ci à chercher de nouvelles missions, de préférence dans le domaine qui l’intéresse. Une autre solution serait de prospecter lui-même, de faire jouer son carnet d’adresses, ses amis et ses collègues, son réseau en somme pour trouver un nouveau projet. Il faut être une force vive, une force de proposition, et ne jamais hésiter à s’engager activement, à proposer ses idées. Chacun a sa vision de sa vie professionnelle, autant se prendre en charge car le commercial ne tiendra en compte que sa vision, celle de voir le consultant en mission chez n’importe quel client.

La formation en interne

La période d’IC peut être mise à profit pour améliorer ses compétences. Les formations externes sont généralement financées par les clients, et donc impossibles en IC, mais le consultant peut arranger des séances de formation en interne avec des consultants seniors qui seraient disponibles, et prêts à partager leur expérience en ce qui concerne tel ou tel aspect technique, telle manière de gérer un projet… Il ne faut pas non plus oublier que l’apprentissage peut se faire en autonomie, avec un esprit débrouillard, avec quelques livres ou autres supports de cours.

« Quelqu’un qui ne progresse pas régresse, il n’y a pas d’état stationnaire… »

Les centres de compétences

Dans certaines SSTIC existent ce qu’on appelle des pôles de compétences ou skill centers. Il s’agit de rassembler les gens d’un même domaine de compétences pour faire converger leurs idées et expériences, dans des domaines variés, à travers la réalisation d’un projet, généralement animé par quelques consultants senior en IC (voire parfois pendant qu’ils sont en mission, par passion et volonté de partager leur expérience). Ce genre d’action, qui constitue un bouillonnant laboratoire d’idées, génère une forte activité intellectuelle au sein de la SSTIC, et permet donc au consultant d’enrichir considérablement ses connaissances. De plus, cela évite de rester inactif et de perdre la main pendant la période d’IC, tout en renvoyant, si le projet est couronné de succès, une image positive et volontariste - celle d’une personne qui ne se laisse pas aller à l’oisiveté et cherche sans cesse à progresser. Le rôle social des skill centers est également non négligeable : les consultants travaillent ensemble sur une base volontaire, dans un but commun, avec des méthodes qui impliquent le partage des connaissances et la solidarité. Cette formation spontanée d’équipes leur permet de mieux se connaître, de nouer des liens, et de partager les moments difficiles associés aux périodes d’IC.

Les centres de compétences représentent également un argument commercial pour les managers. Ils constituent une vitrine des activités de la société, soulignent son dynamisme, et lui permettent aussi de se présenter comme très spécialisée dans tel ou tel domaine. Voilà pourquoi les SSTIC n’hésitent généralement pas à soutenir ce genre d’initiative, en fournissant une aide matérielle.

Faire du coaching personnel

Les consultants les plus seniors peuvent réunir les plus juniors et les aider dans leurs orientations de carrière, leurs choix technologiques. De manière générale, des séances de brainstorming peuvent s’organiser sur des sujets divers : la vie du consultant, les relations avec les managers, la mobilité, la gestion des missions. L’idée est de discuter afin de trouver des solutions aux problèmes que chacun rencontre, qu’ils soient techniques ou sociaux, complexes ou anodins, cela peut donc concerner le remboursement de notes de frais ou les relations conflictuelles entre collègues…

Etre utile

Pourquoi ne pas profiter du temps libre pour se rendre simplement utile ? Il ne faut pas hésiter à prendre des initiatives au sein de la SSTIC, à se rendre au salon, à participer à la rédaction de la newsletter, à discuter avec la secrétaire, à remplacer la standardiste de temps en temps, bref, à donner un coup de main et à se mettre un peu à la place des autres, tout en s’occupant.

Rattraper le retard social

Puisqu’il n’y a pas de pression due à la mission, on peut se permettre de se limiter aux 35h à la semaine et profiter de l’IC pour nouer ou renforcer des liens sociaux. Ça peut se faire en interne : aller rencontrer les gens des ressources humaines, ceux de la comptabilité, etc. Mais c’est aussi le moment idéal pour se tourner vers l’extérieur : renforcer son réseau, passer plus de temps avec ses amis, se consacrer à sa famille. L’essentiel est toujours de ne pas se laisser abattre et de profiter du temps d’IC pour se reconstruire, de toute les manières possibles, afin d’en émerger avec fraîcheur et combativité.

Rencontrer, voire éduquer les managers

Il ne faut pas hésiter à travailler directement avec les managers, aller à leur rencontre, se présenter en personne, leur affirmer directement ce qu’on veut comme type de mission, ou simplement parler de soi pour faire leur donner une idée de sa personnalité. Souvent, ceux-ci ne connaissent les consultants que par leur CV - constitués d’une liste de mots-clés qu’ils mettent en relation avec les offres… La plupart du temps, les managers n’ont aucune connaissance technique et ne comprennent donc pas exactement ce que tout cela represente. Par exemple, pour eux, être familier avec Windows n’est pas la même chose qu’être familier avec Microsoft, comme si parler espagnol, castillan ou la langue de Cervantès représentaient des compétences différentes. Rencontrer les managers leur permet donc d’identifier qui se cache derrière un CV, et cela fera éventuellement sortir le consultant du lot.

Il faut être tenace, ne pas toujours croire aux beaux discours des managers (qui assurent toujours qu’une mission géniale est sur le point d’arriver), leur poser des questions sur les perspectives qui se présentent, l’avancement de leur prospection, le nom du client qu’il voudra toujours garder confidentiel etc… Le respect et la confiance se gagnent grâce à ce genre de petites actions et de faits concrets.

Ouverture à autre chose que les SSTIC

Etre sans mission pour ceux que le monde des SSTIC ou leur type de missions ne passionne pas, c’est aussi l’opportunité de relancer leur vie dans un autre domaine. On peut se lancer dans une formation, se débrouiller pour s’auto-former, voire en profiter pour prospecter ailleurs pendant qu’on est encore payé par la SSTIC.

L’inactivité peut être pesante pour ceux qui ont l’habitude de la pression et des journées rythmées par le boulot. Retrouver une autre activité est donc presque essentiel, qu’il s’agisse de se consacrer pleinement à un hobby, d’apprendre une langue, de faire du sport… On notera que la tendance est de consommer et dépenser plus pendant la période d’IC, parce que notre société y pousse, mais surtout parce qu’il y a du temps disponible (tout le contraire des période du travail, quand les magasins ferment déjà au moment où on sort du boulot).

Pendant son IC, Pascal a passé ses journées à faire du chat (IRC : dialogue sur Internet). Il visitait également des sites de rencontres, et s’échangeaient des photos, et ils cumulaient les rendez-vous. Il a fini par oublier qu’il était là pour travailler et trouver une nouvelle mission. Il s’est fait virer, pourtant il était bon mais pas assez malin.   

Rester positif

«  Du ciel, de la terre, d’un bout de papier, d’une forme en passant, d’une toile d’araignée, on devrait prendre ce qui est bon pour nous où l’on peut le trouver »Picasso

L’IC qui se prolonge peut laisser place à la peur de ne plus exister professionnellement. Le consultant peut alors en arriver à accepter n’importe quelle mission, pour ne pas rester inactif, parce qu’il craint une période de vaches maigres, parce qu’il a peur de se faire mettre à la porte. Cette attitude peu valorisante de mercenaire va à l’encontre du développement de carrière que le consultant imaginait, mais souvent, il a le sentiment de ne pas vraiment avoir le choix. Garder une attitude positive dans ces cas-là n’est donc pas évident, mais on a vu combien le dynamisme et la combativité pouvaient faire la différence.

David, un centralien, a eu comme simple mission d’entrer les données des clients d’une compagnie de télécoms, aux Pays-Bas. Jens, un ingénieur en électronique, s’est vu demandé d’effectuer les tests de GPS dans des voitures pour une grosse boîte allemande. Leurs managers respectifs considéraient cela comme des missions très intéressantes, mais du point de vue des consultants il s’agissait d’une insulte à leur intelligence. David a démissionné après une semaine pour devenir freelance, et Jens a continué car le marché de l’époque était très peu favorable. Ensuite, il a négocié une autre position plus valorisante. Je suis resté pendant 9 mois à faire de l’IC. Je me suis occupé à organiser des séminaires et des activités de teambuilding pour renforcer la cohésion entre managers et consultants. J’ai également écrit quelques articles pour la newsletter de la SSTIC, et le reste du temps, je dormais chez moi pour récupérer de mes soirées.

Gestion d’un projet de vie

Si la prolongation de la période d’IC lui donne l’impression de ne plus maîtriser sa vie, le consultant peut essayer de la gérer comme un projet, dont il serait le chef. Planifier les tâches quotidiennes, se fixer des objectifs, réaliser des suivis, fixer ses milestones… Cela permet de prendre sa vie en main, de la piloter véritablement, et de s’entraîner à gérer un projet de manière efficace, surtout lorsqu’il s’agit de gérer le projet d’une vie, dont nous seuls pouvons connaître les objectifs à atteindre.

Les questions légales

Présence obligatoire au siège

De manière générale, les droits du consultant en IC sont les mêmes que lorsqu’il était en mission, sauf qu’il a l’obligation de prester ses heures légales au siège de la SSTIC. Ceci ne pose pas de problème pour les grandes sociétés qui possèdent des infrastructures suffisantes pour accueillir tous les consultants, mais une petite SSTIC ne disposera peut-être pas de locaux nécessaires. Le consultant aura alors la possibilité de travailler chez lui, au risque d’être éventuellement oublié.

Il y aura toujours un manager avec son costume bien taillé qui te demandera où tu étais si tu arrives au siège à 10h du matin, un jour où tu n’as rien d’autre à faire que de patienter que ces messieurs te trouvent une mission.

Vacances forcées

Le consultant peut prendre ses vacances pendant son IC, mais ceci n’est pas une obligation, et il peut légalement disposer de ses congés payés quand ça lui convient. Evidemment, la période d’IC arrange mieux la SSTIC, puisque de toute façon elle continue à payer le consultant même s’il ne produit rien.

Temps de travail revenu à la normale

Il arrive que certains consultants, dont le volume horaire légal stipulé dans le cadre est de 35 heures par semaine, doivent travailler 40 heures chez le client, suivant les exigences de celui-ci. Ces heures supplémentaires devraient être comptabilisées par les managers. Mais généralement, ceux-ci obligent malgré tout le consultant à prester toutes ses heures au siège pendant l’IC, et les compensations pour les heures supplémentaires sont rares. Mon conseil aux consultants désavantagés est de poursuivre la compagnie légalement, solution rarement envisagée mais habituellement efficace.

Risque de licenciement

Un consultant peut être démis de ses fonctions sur des critères économiques.

J’ai déjà personnellement entendu des managers dire qu’un long moment d’IC peut être le signe de manque de professionnalisme du consultant, et qu’ils se voient alors obligés de procéder à des licenciements. C’est une question d’opinion… Patrick a reçu une énorme compensation financière lors de son licenciement. Jacques a poursuivi sa SSTIC pour licenciement abusif, et a gagné. Il faut savoir que dans ce cas, les poursuites légales donnent généralement raison aux consultants.

Le danger de l’Inter-contrats

Un trop long moment d’IC peut se transformer en déprime pour le consultant (le manager est également concerné, mais pour lui, il ne s’agira jamais que de cafard comptable). L’inactivité prolongée peut mener à une certaine paranoïa : le consultant gamberge, a l’impression que tout se ligue contre lui pour l’empêcher de trouver une mission. Plus le temps passe, plus il se sent relégué dans un placard, avec l’impact psychologique destructeur que ça implique.

Lavage de cerveau

Certains managers n’hésitent pas à faire peser toute la responsabilité de l’IC sur le consultant : ils le font culpabiliser en sous-entendant que l’absence de nouvelle mission relève de son incompétence, ils agissent comme si tous les efforts déployés auparavant, toutes les fois où le consultant s’est surpassé au service d’une mission, ne valaient rien. Le tutoiement et la cordialité des débuts disparaissent, et pour un consultant qui ne serait pas habitué aux rudesses du métier, cela peut se transformer en cauchemar. La réalité du management vénal qui ne pense qu’à son chiffre d’affaire est parfois bien cruelle, et peut mener à un travail de sape pernicieux qui a pour but de pousser le consultant à la démission en le faisant se sentir comme moins que rien.

Un frein à l’élan de carrière

Une trop longue période d’IC constitue parfois un sérieux obstacle dans le développement d’une carrière. On avait de grandes ambitions, des attentes solides, et une certitude que tout cela pouvait être atteint grâce au dur labeur… Tout se retrouve bloqué à cause d’une absence de mission, totalement indépendante de la volonté du consultant.

Accepter la situation : lutter contre l’impression d’échec et conserver Une attitude positive

Finalement, on en arrive à accepter la situation, plus ou moins à contrecœur… Mais même si les perspectives d’avenir ne sont pas des plus joyeuses, il ne faut jamais considérer l’IC comme un échec. Cela casse certainement un élan, mais on a vu combien cette période pouvait être propice au renouvellement, à la construction de soi.

On notera, une fois de plus, que l’apparence est toujours aussi essentielle dans l’univers des SSTIC. Quelles que soient les circonstances, il est important de conserver une attitude de gagneur, de garder le sourire face aux bassesses des managers. La mesquinerie est parfois insupportable, mais il ne faut pas se laisser prendre dans cet engrenage de non-respect, et se laisser aller à des actes désespérés. Garder son calme est une preuve de professionnalisme.

« Le chagrin, à une certaine dose, prouve beaucoup d’affection, mais à forte dose, il prouve quelques faiblesses d’esprit » William Shakespeare

L’essentiel est donc de conserver un certain équilibre psychologique. L’attente, l’attitude dévalorisante des managers, l’inactivité forcée, peuvent faire tomber le consultant dans le piège de l’auto-dévalorisation : le doute s’installe, se lever le matin n’a plus aucun sens concret. Evidemment, il y a plus mal loti : le consultant en IC est toujours payé, peut continuer à dépenser et consommer, bénéficie toujours d’une couverture sociale… Mais la spirale négative n’est jamais loin, et les SSTIC ne devraient jamais négliger leurs responsabilités éthiques et humaines.

Vers la démission

Quand la dose de l’IC est un peu forte, quand l’avenir paraît vraiment trop bouché, certains envisagent la démission, mais pour que cela soit vivable, il faut avoir trouvé quelque chose ailleurs. Il est pourtant parfois tentant de tout laisser tomber sans réfléchir, et en période de crise, les SSTIC sont promptes à offrir des accords de départ, afin de se débarrasser de la charge financière que constitue le consultant en IC. De manière générale, les managers tenteront de se défaire des moins bons d’un point de vue commercial, à savoir ceux dont ils n’arrivent pas à vendre la compétence. Une fois de plus, les compétences réelles sont rarement prises en compte, c’est souvent sur ses aptitudes relationnelles que le consultant sera jugé.

Le danger de la démission est alors d’accepter n’importe quoi pour s’en sortir, dans une espèce de fuite aveugle, où l’on réalise bien plus tard son erreur.

Bien préparer sa sortie

Voilà pourquoi il est essentiel de gérer son départ soigneusement, même quand l’ambiance est devenue intolérable. Idéalement, il faut toujours mettre toutes les chances de son côté, prendre le temps de considérer toutes les possibilités, ne pas agir précipitamment, bref, laisser les émotions de côté et préparer sa démission de manière rationnelle. En parler aux seniors, à ses amis, aux professionnels de l’emploi, peuvent aider à se faire une opinion.

Conclusion

L’IC est un moment à gérer avec intelligence, en fonction des circonstances du marché. Cette période peut constituer un tournant, aussi bien vers le haut que vers le bas : elle peut se transformer en déclic vers un nouvel élan, ou être le point de départ d’une chute, d’une descente aux enfers non maîtrisée. Elle représente un moment clé, idéal pour prendre du recul et réfléchir sur ce qu’on a accompli et ce qu’on désire faire. Un peu comme ces pages blanches entre deux chapitres dans un livre, l’IC marque le moment intermédiaire entre la fin d’une mission et le début d’une autre. Mais le nouveau chapitre reste à écrire, et il faut s’attacher à définir la nouvelle mission, le type de client qu’on souhaite rencontrer, les conditions générales. Une nouvelle donne est donc distribuée. La fin d’une mission marque le début d’une nouvelle vie, qu’il s’agisse de retrouver une mission dans la même SSTIC, dans une autre SSTIC, ou de changer de carrière, de domaine, voire d’envisager, parfois, une embauche permanente chez le client.

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